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Le Latitude 43, un manifeste moderniste au cœur de Saint-Tropez

By 19 juin 2026No Comments

En 1932, l’architecte Georges-Henri Pingusson construit Le Latitude 43, hôtel surplombant le golf de Saint-Tropez de son imposante silhouette. Véritable manifeste de l’architecture moderne dans le sud de la France, elle demeure aujourd’hui encore l’œuvre maîtresse de son concepteur, dont elle permit d’asseoir la notoriété dès son inauguration. En 1992, la réalisation est inscrite au titre des Monuments historiques, devenant ainsi l’un des premiers édifices du 20ème siècle à obtenir la distinction.

Hall d’entrée © Valérie Ruperti

Une œuvre aux multiples destins 

Le projet naît de la rencontre, sur le port de Sainte-Maxime entre Georges-Henri Pingusson et Georges Béret, ancien gérant d’hôtels parisiens. Propriétaire d’un terrain de 7 hectares en marge du centre historique de Saint-Tropez, celui-ci ambitionne d’y construire un hôtel au programme très prestigieux, pensé pour accueillir une élite artistique et intellectuelle. Pourtant, le caractère encore trop modeste du village, couplé à un contexte socio-économique défavorable, ne permettent pas au Latitude 43 de connaître le succès escompté.

L’édifice est inauguré le 14 juillet 1932, au terme d’une campagne de travaux particulièrement rapide de six mois à peine. Ouvert pendant quelques saisons seulement, il sera réquisitionné successivement par les armées françaises, italiennes, allemandes et américaines durant la Seconde Guerre mondiale. Il devient ensuite, entre 1945 et 1947, un centre de repos pour les anciens détenus des camps de concentration avant d’être finalement transformé en copropriété en 1949. 

© Vue aérienne, Monuments historiques, Sylvie Denante 

Un complexe “high tech” entre rêve hygiéniste et culture de villégiature  

Le programme, particulièrement riche à l’origine, comprenait un hôtel luxueux de 110 chambres, un restaurant, un complexe sportif moderne avec piscines et courts de tennis, ainsi qu’un casino et des commerces.

L’architecte déploie une barre longiligne de plus de 100 mètres de long, se courbant de 45° vers l’ouest, afin notamment de réduire la longueur des coursives intérieures. Son horizontalité s’atténue à mesure que l’on gagne la partie ouest, où s’élèvent une structure asymétrique en gradins – limitant l’effet monolithique de l’édifice – ainsi que des volumes verticaux, réservés aux circulations. La pureté des lignes, souvent rigoureuses, parfois souples, confère une élégance certaine au bâtiment, qui brille par l’absence d’ornements et le traitement homogène de la façade, couverte d’un enduit blanc.

©  Façade est et sud 

Cette entité principale comprend l’espace de réception et les chambres qui, grâce à des coursives basses situées à mi-hauteur, jouissent d’une double exposition « soleil-mer ». Le bar-restaurant occupe les deux niveaux d’un volume relié à l’accueil par des terrasses, tandis que le reste du programme est distribué dans le parc. Une piscine olympique d’eau de mer et un casino/dancing, ouverts à tous, occupent le bas de la parcelle, près de la route nationale.

Les notions de confort, d’aisance et de santé, du corps comme de l’esprit, guident l’architecte moderne dans la conception de son hôtel. Le lien à la nature y est omniprésent, de même que le soleil et l’air frais qui y pénètrent par de grands bandeaux vitrés.

© Façade nord 

Entre références nautiques et influences corbuséennes

A une époque où les navires transatlantiques sont devenus des symboles de modernité et d’évasion, Pingusson s’en inspirer très concrètement en donnant à son hôtel l’allure d’un paquebot. Les reliefs continus des coursives et terrasses en retrait évoquent ainsi les lignes élancées des ponts de promenade, enrichis de fenêtres hublots et d’une cheminée sculpturale, couronnant l’ensemble.

L’architecte rend également hommage aux principes théorisés en France par Le Corbusier, à travers une fidèle et rigoureuse mise en application des Cinq points d’un architecture nouvelle (1927), ici intégralement repris (tant en élévation qu’en plan) : pilotis, bandeaux vitrés, toit-terrasse, plan libre et façade libre.

©  perspective et affiche publicitaire du Latitude 43

Une synthèse des arts 

Au Latitude, aucun détail n’échappe aux formes de la modernité : l’architecte conçoit aussi bien l’ameublement, que les luminaires, tapis, jusqu’aux costumes du personnel et aux affiches publicitaires. Les chambres répondent par la sobriété de leur décoration au dépouillement des volumes extérieurs. Leur mobilier est conçu à partir de structures tubulaires, dans l’esprit du Bauhaus et de L’union des artistes modernes (UAM), créée en 1929, et que Georges-Henri Pingusson rejoint trois ans plus tard.

Plusieurs artistes sont mobilisés pour ce projet d’ampleur, au niveau du hall d’abord, habillé d’une fresque monumentale réalisée par le peintre anglais Harry Bloomfield, ainsi que dans les chambres, mises en lumière par les œuvres d’un autre peintre anglais, du nom de Roger Nickalls.

©  Auvent de l’entrée 

Georges-Henri Pingusson

Architecte et urbaniste français, Georges-Henri Pingusson (1894-1978) obtient d’abord, en 1913, un diplôme d’ingénieur à l’Ecole spéciale de mécanique et d’électricité de Paris, afin de succéder à son père industriel. Ne souhaitant plus suivre cette voie, il entre finalement à l’Ecole des Beaux-Arts de Paris après la Première Guerre mondiale, pendant laquelle il combat dans les Dardanelles, et y étudie l’architecture dans les ateliers de Gustave Umbdenstock et Paul Tournon. Diplômé en 1925, il commence son activité en association avec l’architecte Paul Furiet (1898-1930). Ensemble, ils construisent de nombreuses villas le plus souvent régionalistes au Pays Basque et sur la Côte d’Azur et signent la centrale thermique Arrighi à Vitry-sur-Seine.

Après la Seconde Guerre mondiale, Pingusson est nommé architecte en chef de la reconstruction dans la Moselle, construit l’ambassade de France à Sarrebruck et participe aux plans d’urbanisme autour de Metz, Sarreguemines et Briey-en-Forêt, où il invite Le Corbusier à construire sa Cité Radieuse. Il est également auteur de la reconstruction des villages de Waldwisse (1955) et de Grillon (1978, réalisée bénévolement), de plusieurs églises (Nativité de la Sainte-Vierge à Fleury en 1963 ; Saint-Martin-Evêque à Corny-sur-Moselle en 1960 ; Saint-Antoine à Boust en 1963) et du Mémorial de la Déportation à Paris. Professeur à l’Ecole des Beaux-Arts de Paris puis à l’Ecole d’architecture Paris-Nanterre, Georges-Henri Pingusson est une figure très appréciée de l’histoire de l’architecture du 20e siècle.

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