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Le Building Canebière, une vision de la Reconstruction à Marseille

By 15 mai 2026No Comments

Labellisé « Patrimoine du XXe siècle » en 2006, le Building Canebière s’est imposé comme un jalon de la Reconstruction à Marseille, introduisant dans son paysage urbain une esthétique résolument moderne. 

© Détail de la façade sur La Canebière, Valérie Ruperti

Un nouveau visage pour le centre-ville

Le 28 octobre 1938, le grand magasin Les Nouvelles Galeries situé sur la Canebière brûle, laissant un point noir en plein centre-ville. Le second conflit mondial achevé, s’amorcent dès 1947 des études consacrées à l’élaboration d’un nouvel immeuble. René Egger et Fernand Pouillon prennent part au projet, en parallèle de leur travail pour la reconstruction du Vieux-Port, accompagnés notamment de Jean-Louis Sourdeau, président de l’Ordre des architectes. 

Le programme de bureaux, initialement retenu, fut abandonné au cours des travaux, au profit d’une opération mixte intégrant une majorité d’appartements. Ce changement, source de grandes difficultés pour les architectes, tient à la suspension des primes allouées aux bureaux, allant désormais aux logements.

© Vues des deux cours, Valérie Ruperti 

Influences outre-atlantique

Les architectes imaginent un ensemble s’adaptant à l’environnement proche et au caractère traversant de la parcelle. Se déploie ainsi un premier volume longiligne, épousant le tracé de La Canebière, et rejoignant par sa courbe les immeubles de la rue Vincent Scotto. La présence d’une galerie commerçante au rez-de-chaussée, traversée de deux allées piétonnes, connecte l’édifice à la rue, dont il devient le prolongement.  

Un second édifice en U, né de la jonction entre deux avant-corps, prend place sur la rue Thubaneau. Ce choix formel, associé aux étages disposés en gradins-terrasses, crée une respiration dans un tissu urbain déjà très dense. Les deux entités sont reliées l’une à l’autre par un corps central, accueillant des circulations horizontales et verticales, et dont la faible épaisseur permet de dégager à l’est et à l’ouest deux petites cours.

© Maquette de l’immeuble 

Ces volumes multiples, dessinant pour certains des lignes souples, dialoguent avec une écriture en façade bien plus régulière et rigoureuse, conçue à l’origine pour des bureaux. Les différentes parois tramées, pensées tel une grille, rappellent les mur-rideaux des immeubles de grande hauteur américains, développés durant la première moitié du XXème siècle, à la seule différence que la résille est ici en béton. 

Côté Canebière, les deux premiers étages, destinés aux bureaux, et marquant une légère avancée sur la rue, se distinguent par l’usage de nervures et bandeaux métalliques rivetés, se substituant aux lames en béton. Prise d’autonomie également pour le rez-de-chaussée, élevé en pavés de verre. A chaque fonction correspond ainsi une variante dans le traitement architectural, permettant de l’identifier depuis l’extérieur, sans porter atteinte à l’harmonie de l’ensemble.

Le langage moderne proposé ici ne semble pas faire l’unanimité chez les marseillais. Gaston Defferre, maire de Marseille de 1953 à 1986, se montra particulièrement critique à l’égard de la réalisation, l’accusant de « détruire l’harmonie de la Canebière », qui revêt depuis le Second Empire une allure de percée haussmannienne. La labellisation de l’édifice en 2006 consacre néanmoins sa valeur patrimoniale. Sa qualité architecturale transparait aussi bien dans les formes nouvelles mises en œuvre que dans les espaces intérieurs, lumineux et offrant de multiples possibilités d’aménagement. 

©  Vues de la cour, Valérie Ruperti 

Fernand Pouillon 

L’architecte et urbaniste Fernand Pouillon (1912-1986) s’est formé à l’Ecole régionale d’architecture de Marseille, où il est étudie auprès de Gaston Castel, grande figure de la scène architecturale locale. Grand bâtisseur des années de la Reconstruction, il est l’auteur de 50 000 logements et de nombreux équipements et bâtiments publics à Marseille, à Aix-en-Provence, en région parisienne (résidence du parc de Meudon-la-Forêt, 1957, ensemble de logements du Point du Jour à Boulogne-Billancourt, 1959-1963), ainsi qu’en Algérie et en Iran. Dès 1951, il dirige notamment, en sa qualité d’architecte en chef adjoint, l’achèvement de la reconstruction du quartier du Vieux-Port, aux côtés d’André Devin. Dans une démarche intégrant la compréhension de la culture et des coutumes des habitants du lieu, Pouillon privilégie l’emploi de matériaux durables, associe la pierre, le bois et la céramique au béton, au métal et au verre et confronte lignes modernes et inspirations vernaculaires.

© Maquette, AD13, 65 J, fonds René Egger   

René Egger 

René Egger (1915-2016) étudie à l’école nationale supérieure des Beaux-arts, dont il suit d’abord l’enseignement à Paris, dans l’atelier Roger-Henri Expert, puis à Marseille où l’institution se replie durant l’Occupation. En 1942, alors tout juste diplômé, il devient conseiller technique auprès du ministère de l’Education nationale. Ce statut, bien que ne lui permettant pas d’obtenir des commandes jusqu’à la Libération, débouche sur sa nomination en tant qu’architecte ordinaire (1947) et architecte en chef (1958) des Bâtiments civils et des palais nationaux. Son activité de praticien est ainsi essentiellement marquée par la réalisation d’établissements scolaires et universitaires, à une époque de massification de l’enseignement supérieur. Il conçoit notamment, en collaboration avec une équipe d’architectes d’opération, la Faculté de Médecine et de Pharmacie de Marseille (1955-1958), la Faculté des Lettres et Sciences humaines d’Aix-en-Provence (1962-1966), de Montpellier (1964-1966), de Droit et de Lettres de Nice (1965-1967). Par ces diverses opérations, René Egger renouvelle l’architecture et l’urbanisme des campus universitaires français, devenant ainsi un spécialiste de la question.

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