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La Tour Albert, le premier gratte-ciel de logements de Paris

By 3 avril 2026No Comments

Construite par l’architecte Edouard Albert entre 1958 et 1960, cette œuvre éponyme, à l’architecture moderne, est considérée comme la première tour de logements de la capitale, avec ses soixante-six mètres de haut et vingt et un étages. Abondamment publiée dans la presse architecturale, elle s’est imposée comme un véritable jalon de l’histoire de Paris, inscrite au titre des Monuments historiques depuis 1994.

Au début du 20e siècle, les « gratte-ciels » n’ont pas très bonne presse en France. En 1904, Le Figaro n’hésite pas à qualifier ces édifices, nés aux Etats-Unis à la fin du XIXe siècle, de “maisons d’une hauteur démesurée”. En 1925, Le Corbusier ravive les critiques après la présentation de son projet de réaménagement de Paris, baptisé Plan Voisin, proposant de détruire le centre ville historique de la rive droite, afin d’y implanter dix-huit immeubles de soixante étages. Difficile donc d’imaginer l’implantation d’une telle typologie d’édifices dans la capitale, marquée par ses monuments historiques et son architecture haussmannienne. 

Pourtant, le quartier de Croulebarbe, où prend place le projet, présente au lendemain de la guerre des conditions particulièrement favorables à l’édification d’une tour de grande hauteur. Son insalubrité relative, associée à sa nature industrielle – présence de nombreuses usines – en fait un lieu à repenser.

Adrien Brelet, ancien élève d’Auguste Perret, se voit ainsi confier par le ministère de la Reconstruction et de l’Urbanisme la mission d’élaborer un nouveau plan d’urbanisme pour le quartier. Edouard Albert intègre l’équipe du projet par l’entremise de l’ingénieur Jean-Louis Sarf, avec qui il travaille pour la conception de l’ossature métallique tubulaire des bureaux de l’Epargne de France (1954-1956).

La tour de grande hauteur et son petit immeuble de cinq étages, pensés pour le quartier de Croulebarbe, réitèrent ce procédé constructif, qui fera la signature de l’architecte. 

Un procédé constructif novateur 

En effet, les deux entités présentent une ossature métallique, composée de poteaux en tubes d’acier creux remplis de béton, dessinant une trame régulière. La stabilité de l’ensemble est garantie par l’ajout de contreventements en forme de croix de Saint-André. La tour ne dispose pas d’un noyau porteur en béton armé, comme le révèle la terrasse insérée au sixième étage, où apparaissent des volées d’escaliers métalliques et ascenseurs, mis en scène dans un volume vitré. 

Les tubes métalliques se prolongent d’un niveau au sommet, sans raison structurelle notable. Cette solution, destinée à cacher les machineries des ascenseurs, confère une certaine légèreté à la tour et allonge sa silhouette.

En façade, l’architecte intègre des variantes dans la conception des panneaux préfabriqués non porteurs, soucieux de déjouer l’effet de monotonie généré par la structure très rationnelle de son édifice. Une certaine variété est ainsi garantie, par la disposition des fenêtres, en apparence aléatoire, et leur ouverture vers l’extérieur. 

L’ossature tubulaire permet également d’obtenir un plan libre, aucun mur porteur ne contraignant l’architecte dans le dessin des logements. Dès lors, il est aisé pour les habitants de s’approprier l’espace, abattant au besoin les cloisons légères. Il semblerait même que certains appartements aient été réunis au fil des décennies.

© Plan d’un appartement aménagé par Alain Richard, L’Œil, n°113, mai 1964, p. 51

Une synthèse des arts moderne 

La terrasse, conçue pour l’agrément des habitants, présente un plafond de 600 m², peint par l’artiste Jacques Lagrange, selon la volonté d’Edouard Albert d’intégrer, dès l’avant-projet, une œuvre d’art capable dialoguer avec l’architecture dans laquelle elle s’intègre. 

“C’est la première fois que j’ai le sentiment de participer à une œuvre et non d’apporter un travail surajouté […]. Ce n’est pas une “décoration” qui m’a été commandée mais une peinture qui a un rôle à jouer, rompre l’austérité des lignes de l’architecture et, en même temps, la mettre en valeur, tout en donnant une impression d’espace et de mouvement.”

Propos de Jacques Lagrange, dans “Une toile de fond de 600m² va servir de plafond à Paris”, Arts, 7 septembre 1960.

Edouard Albert 

Edouard Albert (1910-1968) est diplômé de la section architecture de l’Ecole nationale supérieure des Beaux-arts de Paris en 1937. Sa carrière est marquée par les recherches qu’il mène sur les matériaux, lesquelles aboutissent à l’élaboration de structures en tubes d’acier. Il n’est d’ailleurs pas le seul dans les années 1960 à s’intéresser à ces ossatures métalliques innovantes, en témoignent les réalisations de Jean Prouvé ou Claude Parent, auteur de la maison de l’Iran à la Cité internationale universitaire de Paris en 1969, un édifice suspendu à une charpente en acier.

En 1959, il conçoit à la demande d’Air France deux bâtiments à Orly : le Centre de réapprovisionnement et d’armement commercial ainsi qu’un immeuble administratif. Peu de temps après, en 1962, André Malraux lui confie la reprise du projet de la Faculté des Sciences de Jussieu, pour laquelle il utilise également une structure tubulaire métallique, et sollicite la participation d’artistes. 

En parallèle de son activité libérale de praticien, Édouard Albert est professeur chef d’atelier à l’Ecole nationale supérieure des Beaux-arts de Paris de 1959 à 1968, membre des commissions du Centre scientifique et technique du Bâtiment, et du Comité de rédaction de la revue L’Architecture d’Aujourd’hui

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