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La station du Cap d’Agde, une synthèse de l’architecture régionaliste

By 21 août 2026No Comments

Pour animer la trêve estivale, Architecture de Collection fait cap sur le sud et vous propose de découvrir chaque semaine une station balnéaire de la Mission Racine ! Créée en 1963, cette structure ministérielle projette d’aménager le littoral du Languedoc-Roussillon. De véritables villes nouvelles émergent alors, portées par de grands noms de l’architecture comme Jean Balladur et Georges Candilis.

Station balnéaire de la Mission Racine du Cap d’Agde  © POP – Monuments historiques

En 2010, la Grande-Motte obtient le label “Patrimoine du XXe siècle”, entraînant avec elle une réflexion autour de trois autres stations de la mission, en partie labellisées.

La station du Cap d’Agde est implantée au pied d’un important relief constitué du Mont Saint-Loup (112 m) et du Mont Saint-Martin (70 m). Cet amphithéâtre naturel, à demi marécageux, est profondément retravaillé. Jean le Couteur, nommé architecte et urbaniste en chef de la station, est chargé de la conception du port de plaisance, première tranche du programme, dont il dessine le premier plan masse dès 1963.

L’architecture y est volontier régionaliste, évoquant les villages languedociens et ports traditionnels du Midi de la France, sans basculer dans le pastiche. Les décrochées multiples, tant en élévation qu’en plan, associées à une polychromie douce excluant le blanc cru, créent un paysage particulièrement varié. Les espaces publics font l’objet d’une attention et d’un soin particulier, Jean le Couteur veillant à intégrer des plantations, placettes à l’italienne, rues piétonnes et quais traités avec un mélange de terre cuite, de basalte et de bois.

Le Cap-d’Agde (Hérault), étude d’élévation d’un immeuble par Jean Le Couteur, n.d. SIAF/CAPA – Archives d’architecture contemporaine, fonds Jean Le Couteur, 187 IFA 125 © Franck Delorme/CAPA

Jean Le Couteur

Architecte et urbaniste (1916-2010), Jean Le Couteur se forme à l’Ecole régionale des beaux-arts de Rennes qu’il intègre en 1936. Très vite, la Seconde Guerre mondiale l’oblige à trouver refuge dans un village médiéval du Vaucluse, devenu lieu d’asile pour les architectes, étudiants, musiciens, peintres et sculpteurs de l’Ecole des beaux-arts de Paris, où il rencontre notamment Bernard Zehrfuss. Il regagne la capitale en 1943, travaille dans l’atelier d’Auguste Perret et obtient son diplôme en 1944.

Il est ensuite engagé par Bernard Zehrfuss, alors chef du service d’Architecture et d’Urbanisme de Tunisie. Il y construit, en association avec l’ingénieur Bernard Lafaille, sa première œuvre importante, l’église Notre-Dame-de-France (1948-1952). De retour à Paris en 1949, il s’associe à Paul Herbé, avec qui se lie d’amitié durant ses années de formation et entre au Ministère de la Reconstruction et de l’Urbanisme. La suite de sa carrière est marquée par la réalisation conjointe de grands ensembles HLM et édifices plus monumentaux, propices aux recherches structurelles et expérimentations formelles, comme la basilique du Sacré-Coeur d’Alger (1955-1963).

Station balnéaire de la Mission Racine du Cap d’Agde  © POP – Monuments historiques

La Mission Racine, une initiative étatique 

Le 18 juin 1963, l’Etat crée la Mission Racine, une structure administrative chargée d’aménager et de développer le littoral du Languedoc-Roussillon, en misant sur le potentiel touristique et balnéaire du territoire, doté de grandes étendues de plages.

Cette mission interministérielle, effective jusqu’en 1983, est confiée au conseiller d’Etat Jean Racine et placée sous l’autorité directe du Premier Ministre. Durant ses vingt années d’activité, fonctionnaires, ingénieurs et architectes œuvrent à l’édification de véritables villes nouvelles, prises au sein d’un important maillage routier, relié au réseau régional et national. Conçues par plusieurs grands noms de l’architecture, comme Jean Balladur et Georges Candilis, chacune est porteuse d’une identité propre.

Languedoc-Roussillon : Aménagement touristique du littoral, Plaquette promotionnelle publiée par la Délégation à l’aménagement du territoire et à l’action régionale, Publicité Vox, 1967. SIAF/CAPA – Archives d’architecture contemporaine, fonds Georges Candilis, 236 IFA 414/1 ©Franck Delorme/CAPA

Capucine Rigoigne