Détruite après la Seconde Guerre mondiale, Royan devient un laboratoire de la Reconstruction dans la France des années 1950. Architectes et urbanistes expérimentent et réinventent la ville balnéaire par un mélange audacieux d’influences modernistes, Beaux-Arts et internationales. Ce patrimoine témoigne d’une époque riche et créative, et fait l’objet d’une attention particulière aujourd’hui encore.
© R. Riehl – Ville de Royan
Au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, la ville de Royan est déclarée sinistrée, à l’instar de nombreuses villes côtières françaises, comme Le Havre, Amiens, ou encore Saint-Malo. La reprise de l’activité constructive après le conflit, permise notamment par le plan Marshall, va assurer sa reconstruction.
En 1944, l’Etat crée ainsi le Ministère de la Reconstruction et de l’Urbanisme, à qui revient la tâche de rebâtir les près de 2,5 millions de bâtiments détruits. Selon un système très hiérarchique, sont nommés des architectes en chef, dont la mission est de dresser des plans directeurs pour les villes, des architectes en chef de groupes, chargés de la conception de différents îlots, et enfin des architectes d’opération, à qui incombe la responsabilité d’un ou plusieurs bâtiments.
A Royan, la reconstruction est confiée à Georges Vaucheret, architecte et ancien maire de la ville, et Claude Ferret, nommé architecte et urbaniste en chef.
© Maquette du front de mer, Techniques & Architecture, numéro de septembre 1052
L’expression d’un éclectisme architectural
Ce contexte très particulier interroge quant aux choix formels et esthétiques à mettre en œuvre, d’autant que les pénuries et difficultés d’acheminement de certains matériaux contraignent les concepteurs. Faut-il rebâtir à l’identique ou laisser place à l’interprétation ? Dans ce dernier cas, quel vocabulaire architectural favoriser ? De toute évidence, la Reconstruction n’a pas produit un seul type d’architecture mais a abouti à des solutions très hétérogènes, dont Royan est l’un des exemples les plus significatifs.
© Vues du front de mer, R. Riehl – Ville de Royan
Georges Vaucheret et Claude Ferret imaginent un tout nouveau type de ville balnéaire, organisé autour de grands boulevards, desservant des édifices emblématiques. Le front de mer, long de plus de 600 mètres, est doté de deux grandes ailes, accueillant des logements et commerces en rez-de-chaussée. Cette composition, très proche du Trocadéro de Paris, témoigne de l’influence du langage Beaux-Arts dans l’élaboration du projet, associée à une architecture moderniste. A l’arrière, sont insérés des bâtiments en U, coiffés de toitures inclinées, créant un contraste avec le front de mer, par son esthétique plus traditionnelle.
© Vues du marché central, R. Riehl – Ville de Royan
Un deuxième grand axe, perpendiculaire à la plage cette fois-ci, permet de relier cette dernière au marché de Royan, conçu par Louis Simon et André Morisseau. Le choix d’une corolle renversée autoportante, semblable à un coquillage, en fait une architecture réellement parlante. Ses lignes paraboliques très expressives et ses couleurs vives rappellent le style « googie », inspiré de la conquête spatiale et des avancées techniques de l’époque.
Plus à l’ouest, prend place un autre édifice emblématique de la ville de Royan, l’église Notre-Dame de Royan. Son concepteur, Guillaume Gillet, imagine une œuvre moderne, aux inspirations gothiques. Sa monumentalité affirmée et son béton brut tranchent avec le reste de la ville, où dominent enduits clairs et colorés. Sa couverture en forme de selle-de-cheval, suspendue telle une toile de tente, solidarise une structure constituée de piliers précontraints en V, entre lesquels s’insèrent de hautes verrières.
© Vues de l’église Notre-Dame de Royan, R. Riehl – Ville de Royan
En parallèle de ces grandes réalisations fleurissent nombre de maisons individuelles, tout aussi éclectiques. Au début de la reconstruction s’affirme une première tendance, marquée par le régionalisme “saintongeais” et les modèles d’avant-guerre, tels que le castel ou le chalet. Les plans, simples, rectangulaires ou carrés, sont associés à des toitures en tuile, à deux ou quatre pans.
Ce n’est qu’à partir de 1952 que sont déposées une quantité importante de demandes de permis de construire de villas modernes, parmi lesquelles figure la villa “Oasis”, pensée par Pierre Marmouget. Fortement inspiré par la nouvelle architecture brésilienne – introduite en France en 1947, par le numéro 13-14 d’ Architecture d’Aujourd’hui – il dessine un étage unique, aux lignes horizontales, souples et épurées, perché sur une série de pilotis. Son plan en forme de crosse lui confère son nom usuel de villa “Boomerang”.
© Vues de la villa « Oasis », R. Riehl – Ville de Royan
Une ville investie dans la protection de son patrimoine
En 2010, Royan se voit attribuer le label “Ville d’art et d’histoire”, témoin de son implication active dans la préservation et la valorisation de son patrimoine architectural. Cet engagement se traduit par la mise en œuvre d’actions de sensibilisation, menées dans un but pédagogique, auprès des visiteurs et locaux : conférences, expositions, visites et ateliers.
Le 1 juillet 2023 ouvre ainsi, au sein du Palais des Congrès, le Centre d’Interprétation de l’Architecture et du Patrimoine (CIAP). Cet espace accueille une exposition permanente, retraçant l’évolution architecturale et urbaine de la ville.
© Vue du CIAP, R. Riehl – Ville de Royan
Capucine Rigoigne