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Pour la préservation de la Maison Jourda à Lyon

By 12 avril 2024avril 16th, 2024No Comments

En 1987, les architectes Gilles Perraudin et Françoise-Hélène Jourda construisent dans le 9ème arrondissement de Lyon une maison bioclimatique dans laquelle ils emménagent avant de la vendre aux actuels propriétaires, M. et Mme Guedel. Cette maison est aujourd’hui menacée par la construction d’un immeuble de 6 étages qui la priverait de son énergie solaire, fondamentale à son fonctionnement. 

Vue de la façade sud de la maison Perraudin Jourda – 2024 ©JapArchitectes

Un ensemble de toile tendue et de pin aux qualités environnementales

Située dans un verger au cœur du quartier de Vaise à Lyon, la maison présente une surface couverte de 300m² grâce à ses terrasses abritées qui prolongent sa surface habitable vers l’extérieur. 

Fondé sur des points porteurs, l’habitat est constitué de boîtes en bois de pin qui composent les espaces habitables de 240 m². Elles sont surplombées d’une toiture indépendante en toile, tendue sur une structure métallique arborescente. Rideaux modulables et filtrants, volets et matelas réfléchissants forment un système de peaux interchangeables qui permettent à la maison de s’adapter aux variations climatiques. 

Cette structure légère, composée de toile, de bois et d’acier, crée une silhouette élancée et aérienne. Sa transparence, générée par la façade entièrement vitrée au sud, tisse une continuité physique et visuelle de l’habitation avec le jardin conçu comme espace à vivre supplémentaire. Sa spatialité généreuse et décloisonnée offre aux habitants une flexibilité d’aménagements qui peuvent évoluer au gré des saisons, des besoins et des usages. 

Séjour baigné de lumière – 2024 ©JapArchitectes

2024 ©JapArchitectes

La palette de matériaux mise en œuvre par les architectes incarne leurs principes de sobriété énergétique et matérielle. Les éléments menuisés en aluminium et en simple vitrage sont légers et modulables. La toile tendue en fibre de polyester de la toiture assure la protection des façades en l’isolant des éléments. Le pin des Landes compose une trame claire, donnant aux espaces une atmosphère douce et chaleureuse. 

Avec sa façade sud largement vitrée, son ouverture sur le jardin et la structure métallique qui la protège, la maison reprend librement les caractéristiques du shed agricole en présentant un volume ouvert dont émane une impression de liberté. 

Un manifeste d’une architecture économe en matière et en énergie

Les architectes ont créé avec cette maison un véritable microclimat : les enveloppes successives – panneaux vitrés, caisses en bois, toiture en toile – régulent la température intérieure en tirant parti du rayonnement solaire et de la circulation naturelle de l’air. 

Destinée à une famille de quatre enfants, l’habitation s’adapte aux variations du climat, de la lumière et des besoins individuels. Les chambres et les salles de bain au nord et les espaces de vie au sud constituent des espaces bioclimatiques qui chauffent et stockent efficacement l’énergie thermique. 

Aperçu de l’intérieur domestique – 2024 © Architecture de Collection

Aperçu de la chambre parentale – 2024 © Architecture de Collection

Le jeu des ouvertures et des fermetures des panneaux vitrés donnent à la maison sa respiration que vient renforcer le cadre végétal au-dessus duquel elle paraît flotter. Jourda et Perraudin privilégient une intégration douce du bâti au terrain, en respectant la topographie et l’intégrité du sol.

Les architectes ont mis un point d’honneur à ce que l’habitation s’intègre harmonieusement à son environnement dans le quartier de Vaise. Inspirés par le courant du “Drop City” en Arizona et par les réalisations de l’architecte français André Ravéreau, ils mettent en œuvre une économie des matériaux et une concordance entre formes architecturales et climat. La maison Jourda apparaît ainsi comme un geste engagé. 

2024 ©JapArchitectes

Penser l’habitat individuel autrement

Écologique et flexible, cette maison a su montrer l’efficacité et la pérennité d’une approche contemporaine bioclimatique, portée ici par Gilles Perraudin et Françoise-Hélène Jourda. La réponse qu’elle formule aux problématiques actuelles qui questionnent le monde la construction en matière d’habitat individuel rend sa conservation d’autant plus nécessaire. 

Alors que les aspirations des français restent aujourd’hui incarnées par le pavillonnaire neuf, caractérisé par sa forte empreinte carbone et son impact sur les paysages périurbains, il est plus que jamais primordial de préserver ces rares exemples résidentiels qui formulent une proposition alternative. Par sa suffisance énergétique, son adaptabilité climatique, son économie de moyens et sa faible empreinte carbone, la maison Jourda incarne une force inspiratrice de nouveaux usages individuels et de nouvelles formes architecturales.

Selon les mots de Françoise-Hélène Jourda, “le bâtiment du futur [doit être] à énergie positive: il fabrique autant d’énergie qu’il en a besoin pour son confort, il ne produit pas de rejets (…) il favorise la mutualisation des besoins des habitants qui y vivent.

Pauline Leroux