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Le pavillon français par Julien Creuzet à la 60e Biennale de Venise

Du 20 avril au 24 novembre 2024 se tient la 60ème édition de la Biennale de Venise. Sa thématique “Foreigners Everywhere” inspirée de l’œuvre éponyme de Claire Fontaine met l’accent sur les artistes “immigrés, expatriés, diasporiques, exilés, réfugiés” et sur leur parcours atypiques.

Julien Creuzet, artiste visuel, plasticien et poète franco-caribéen, représente la France par une composition qui croise une diversité de matériaux, d’histoires, de formes et de gestes. 

Julien Creuzet © Pascal Cholette

Paysages oniriques au pavillon français

L’artiste présente une installation multisensorielle et poétique intitulée “Attila cataracte ta source aux pieds des pitons verts finira dans la grande mer gouffre bleu”. 

Une animation vidéo projetée sur la façade néo-gothique du pavillon donne vie à des figures mythologiques qui incarnent les cinq continents. A l’intérieur, des sculptures-lianes enchevêtrées entre elles, des cordages de filet de levage marin, des éléments organiques et des déchets composent un paysage sous-marin merveilleux qui mêle imaginaires aquatique et sylvestre. 

Cette esthétique subaquatique est complétée par 80 sculptures composites. Des statues classiques d’anciens empires dérivent la tête à l’envers, des êtres hybrides (femmes-raies, hommes-calamars, bébé-nageurs) sont représentés dansant. Le principe d’assemblage employé est caractéristique du travail du plasticien, qui réunit des matériaux industriels avec des éléments naturels, comme des épaves formées par le ressac. 

Julien Creuzet a souhaité retranscrire aussi ses visions de la forêt et les perceptions qu’elle suscite : lieu des sorcières, lieu de résistance, lieu hostile, elle est selon lui “un espace multisensoriel qui implique intensément le corps”. 

 © Jacopo la Forgia
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© Marco Zorzanello

© Jacopo la Forgia

Poésie, musicalité et oralité créole 

Créole, poétique et souvent cryptique, le langage tient ici une place de marque. En témoigne le titre de l’exposition – “Attila cataracte ta source / aux pieds des pitons verts / finira dans la grande mer / gouffre bleu / nous nous noyâmes / dans les larmes marées de la lune.” – qui est une œuvre en soi. Julien Creuzet rappelle l’importance d’employer le créole pour traduire des images, des onomatopés qui ne peuvent se dire que dans cette langue. Une bande son pop diffusée dans l’espace fait entendre la voix et les mots du poète. Usant d’allitérations et d’associations d’images et d’idées, les poèmes révèlent une consonance ultramarine rêveuse.

© Marco Zorzanello

Cultures et mythes transocéaniques à la Sérénissime

Le 6 février 2024, en guise de lancement de sa participation à la Biennale, Julien Creuzet a organisé une conférence de presse en Martinique, à la Maison Édouard Glissant, au Diamant. En inaugurant ainsi sa participation à la Biennale, le pavillon français souligne la contribution essentielle des territoires ultramarins dans les champs plastique, littéraire et intellectuel. 

Mêlant une multiplicité de médiums artistiques, l’artiste  sonde les mythes fondateurs de ces civilisations métissées et invite le spectateur à s’immerger dans les paysages picturaux, sculpturaux, littéraires, et sonores qui composent le territoire carribéen. Convoquer la Caraïbe et sa culture francophone à Venise est significatif; décrite par le poète-plasticien comme un “archipel”, la ville évoque le mouvement maritime, le point de rencontre des eaux, des rives et des artistes.

© Marco Zorzanello

© Courtesy Julien Creuzet et High Art, Paris

Julien Creuzet

Né en 1986 au Blanc-Mesnil, Julien Creuzet est un poète et plasticien franco-martinicais. Mêlant sculptures, installations visuelles, et poésie, il crée des espaces narratifs où se rencontrent mémoire collective et histoire personnelle. (Semblables à des reliques ramenées à terre par une marée océanique, les objets qu’il compose questionnent les héritages coloniaux, les identités hybrides et les futurs possibles). Après avoir reçu en 2019 le prix du Camden Arts Centre à Londres, il a été nominé deux ans plus tard pour le prix Marcel Duchamp.