Si l’atelier désigne la pièce de travail d’un artiste, il symbolise aussi l’échange, l’entraînement entre plusieurs participants, le dialogue entre réflexion et pratique. Une forme adaptée aux enjeux de la production contemporaine de l’architecture, marquée par la disparition des certitudes esthétiques. A la fonte des grandes doctrines, nous répondons par une organisation horizontale et l’institution d’une pratique collective où la critique interne et la confrontation à l’art rendent fécond le relativisme culturel. Boire à la source onusienne du développement durable et territorialiser chaque projet, interroger ses spécificités pour générer une architecture légitime. Ou dépasser l’écologie comptable pour instaurer une écologie relationnelle.
Vers une écologie architecturale
Philosophie de conception et résultats mesurables:
L’irruption de la question écologique dans la pensée architecturale remet profondément en cause l’acte de bâtir : Elle ébranle les paradigmes de la discipline. Enveloppe, masse, matière, lumière...tous les concepts fondamentaux doivent être reconsidérés en termes de flux énergétiques et d’impacts systémiques. Elle révolutionne la notion de coût en imposant de comptabiliser « l’amont » et « l’aval » de tout projet de construction (extraction des ressources, énergie grise, consommations). Elle escamote l’idéal d’éternité au profit d’une « durabilité » qui étend notre responsabilité de manière illimité (à la biosphère, vis-à-vis des générations futures…).
Si les pionniers de l’écologie en architecture se retrouvèrent bien souvent marginalisés par le monde de la construction, la récente prise de conscience générale des enjeux environnementaux place désormais cette architecture au centre des préoccupations de la société. Cela exige de développer une réflexion aboutie, d’établir des prescriptions précises, ainsi que d’opposer des résultats mesurables.
Associant une solide formation universitaire en architecture et développement durable, à l’expérience de la conception et de la réalisation de plusieurs projets à forte ambition environnementale, l’Atelier Martel veut dépasser l’écologie «comptable» au profit d’une écologie «relationnelle», à même d’apporter des réponses spatialement généreuses aux problématiques d’environnement. Nous considérons en effet l’ambition environnementale comme porteuse d’un véritable potentiel architectural, en constituant un nouveau cadre de contraintes structurantes, que nous nous efforçons de résoudre de manière simple et élégante.
Les différentes problématiques techniques inhérentes à la démarche de qualité environnementale ont été développées et assimilées de longue date (constructions à basse énergie, récupération et traitement de l’eau pluviale, sélection de matériaux sains, etc.), ce qui nous permet de les anticiper dès l’esquisse, et de les associer intimement à la genèse du projet.
Notre approche du développement durable nous commande par ailleurs de ne pas négliger les dimensions sociétales et économiques qui animaient la déclaration de Rio.
Ainsi, la recherche de la plus value sociale des choix architecturaux influence nos décisions à chaque phase du projet : démarches participatives, valorisation des filières locales, patrimoine commun et qualité des paysages...
Restructuration d’un bâtiment d’activité en maison d’habitation
La friche d’un bâtiment d’activité enclavé en cœur d’îlot sert de support à la création d’une maison d’habitation à Bois-Colombe (92).
Les contraintes réglementaires imposaient la conservation des murs et interdisait de nouvelles prises de vue sur le jardin. Afin de dénouer le problème, une double intervention sur la masse construite est alors opérée : le creusement d’un patio et l’ajout d’un volume équivalent sur le toit.
Le patio apporte de la lumière et des vues ‘‘ réglementaires ‘‘ aux espaces du rez-de-chaussée.
L’extension permet de capter de la lumière ‘‘légale‘‘ au dessus de l’existant. Et un balcon écran permet d’éclairer la façade côté jardin sans déroger à la règle.
La couverture du rez-de-chaussée est réhabilitée en terrasse accessible, offrant de nouveaux espaces extérieurs plus proches du ciel.
Face au contexte réglementaire difficile, à l’enclavement du site, et à la médiocre qualité de l’existant, le projet répond par une réorganisation complète des volumes et des structures, créant des espaces hauts et bas, intérieurs et extérieurs, vides et pleins, minéraux et végétaux. En dépit du caractère introverti de la maison, ces jeux d’oppositions créent des espaces riches et variés, et un véritable dialogue avec l’environnement. Le travail sur la couleur souligne cette diversité et achève de dynamiser le lieu.
V2
Le projet s’inscrit dans une recherche sur la tradition et les formes utilisées par les paysans pour leurs constructions. L’architecture de cette maison pose la question du local, elle semble familière et empreinte les archétypes des constructions prés existantes (‘’déjà-là’’), volume simple percé de fenêtres, de portes et coiffé d’un « toit ». Cependant, la lecture de ces éléments est déconcertante : la taille et le nombre des fenêtres, le toit est ici à quatre pentes et enfin la modénature traditionnelle (corniche, chéneaux, entourage de fenêtre,….) est réduite à un pli, à une ligne de contact entre deux surfaces. Les ouvertures des quatre façades sont traitées comme des trous disposés de façon quasi aléatoire. La typologie est très inspirée des constructions traditionnelles mais redéfinit, par hybridation des deux archétypes que sont les fermes « bien tournées » et « mal tournées », une nouvelle espèce. Les fermes dites « bien tournées », typologie originelle des fermes vosgiennes sont enchâssées dans la pente, le faîte disposé perpendiculairement aux courbes de niveaux, la plus grande façade orientée vers la vallée. Ce type de construction ne permet pas d’agrandissement, c’est pourquoi lorsque l’agriculture se mécanise au XIX siècle, cette typologie est abandonnée au profit de la ferme « mal tournée » dont le faîte est parallèle au sens de la vallée. Cette nouvelle typologie offre la possibilité d’étendre aisément la construction sur les pignons latéraux. La fabrication des typologies de plans originels se fait en additionnant des ‘’rangs’’, sortes de pièces en enfilades disposées parallèlement aux courbes de niveaux. Ces ‘’rangs’’ sont les limites imposées par la structure de la charpente qui vient prendre appuis au sol. Il existe en générale trois ‘’rangs’’, dans le projet la disposition de ces enfilades se fait perpendiculairement aux courbes de niveaux. Les ‘’rangs’’ sont donc inversés et orientés Nord/Sud. Le plan intérieur est constitué d’une série de pièces non hiérarchisées entre elles, comme agglutinée, afin d’augmenter la flexibilité des parcours.